L'article du mois

L’oraison psalmique du psaume 95 par Bénédicte Ducatel

L'intelligence de la prière des Heures

« Dieu, notre Créateur et notre Roi, quand le ciel se réjouit de ta gloire et que la mer gronde et mugit, quand la campagne et les forêts de la terre exultent à cause de ton règne qui vient, serons-nous les seules de tes créatures à ne pas raconter la merveille que tu accomplis dans ton Fils ? Les seuls à ne pas dire au monde qu’il est sauvé, à ne pas danser de joie devant ta face ? »

Chose rare, l’oraison psalmique n’est pas à proprement parler une prière, même assortie d’une anamnèse des hauts faits de Dieu. Si elle mentionne la splendeur de la création, c’est pour nous interroger : Que faisons-nous des dons de Dieu ? Qu’en est-il de notre émerveillement devant l’œuvre de notre salut ?

Impératif

Le psaume 95 fait avancer les vagues de ses impératifs en rangs serrés : Chantez au Seigneur (trois fois), proclamez son salut, racontez à tous les peuples, rendez au Seigneur (trois fois), apportez votre offrande, entrez dans ses parvis, adorez le Seigneur, tremblez devant lui, allez dire aux nations. L’amour de Dieu, qui se traduit par les actes du culte – offrande, adoration, louange – et par la révérence devant sa majesté – crainte et tremblement –, est inséparable de l’annonce joyeuse de cet amour. Assurément, le psaume s’adresse à un peuple de vivants, capables de voir Dieu à l’œuvre dans ce monde, de reconnaître cette œuvre et d’en témoigner, et non à un peuple atteint de cécité, de surdité et de mutisme.

Joie

Si saint Paul assure que la création tout entière gémit en attendant la révélation des fils de Dieu (Rm 8, 22.19), le psalmiste, lui, nous brosse le tableau de la création libérée de l’esclavage (Rm 8, 21) : La campagne tout entière est en fête, la terre exulte, les arbres des forêts dansent de joie (Ps 95, 12)la mer mugit : pourquoi ? Parce que « le salut est arrivé pour cette maison » (Lc 19, 9) ; parce que le Christ vient pour juger la terre (Ps 95, 13) ; il vient « chercher et sauver ce qui était perdu » (Lc 19, 10). De là découle la joie du chant nouveau (Ps 95, 1), ce chant de la vie nouvelle de ceux qui ont accueilli le salut.

Témoignage

Il convient de chanter pour proclamer le salut, de raconter les merveilles accomplies par Dieu en Jésus Christ en parcourant le monde qui ignore encore que le Seigneur est roi et qu’il gouverne les peuples avec droiture (Ps 95, 10) et amour généreux. Il convient de rendre à Dieu l’hommage qui lui est dû, mais surtout de lui rendre la paternité de ses actes. Nous ne sommes que les témoins privilégiés et émerveillés de son œuvre de grâce. Le service qui nous est confié depuis notre baptême est celui du témoignage et de la mission : Allez dire aux nations (v. 10)Allez ! De toutes les nations faites des disciples (Mt 28, 19). Dieu a fait d’Israël le témoin du Dieu unique, il a fait de l’Église, et donc de chacun d’entre nous, le témoin de sa présence au cœur du monde en son Fils. Comme l’oraison nous y invite, en priant ce psaume, interrogeons-nous sur ce que nous faisons de ce don.