L'article du mois

Oraisons de l’Avent et de Noël par Père Jean-Sébastien Tuloup

La nouvelle traduction du Missel romain offre un temps favorable pour prêter une oreille particulièrement attentive aux richesses de la tradition liturgique. Chaque mois, la méditation de préfaces et d’oraisons eucharistiques nous invitera à approfondir le sens du mystère du Christ et à reconnaître les merveilles de Dieu dans nos vies.

Les 2e et 3e dimanches de l’Avent nous offrent Jean le Baptiste pour compagnon de route. Chacun de nous doit devenir la voix de la Parole qu’est Jésus, prenant au sérieux le commandement : Préparez le chemin du Seigneur (Lc 3, 4) ; ce qui signifie : Préparez des routes où résonne la Parole, multipliez les chemins pour écouter la Parole, préparez le chemin à la Parole qui se fait chair. L’Avent n’est donc pas d’abord caractérisé par l’ascèse. Il est une célébration liturgique de l’attente du Christ. L’Église, par les psaumes, les lectures et les prières, nous modèle dans un esprit d’attente du Seigneur qui vient, d’où l’invitation à la vigilance, à la recherche et au désir. C’est un temps d’intériorisation et de connaissance du Seigneur. Nous vivons cette période en Église, avec l’Église, en communion, en esprit missionnaire : c’est l’attente des nations.

Le Seigneur est proche

Dans l’oraison de ce jour (p. 87), nous retrouvons le vocabulaire de la marche, déjà exprimé dimanche dernier, avec une note d’empressement que porte le verbe se hâter. Il se retrouve plusieurs fois dans les Évangiles : ce sont les bergers dans la nuit de Noël (cf. Lc 2, 16, Noël, messe de l’aurore) ou Marie qui se rend chez sa cousine Élisabeth (cf. Lc 1, 39-40, 4e dimanche de l’Avent). Il s’agit dans les deux cas d’une rencontre, directe ou non, avec le Messie Sauveur. Nous retrouverons cet empressement dans la parabole des dix vierges commentée ainsi par saint Pierre Damien : « L’Église des élus attend son Époux, convenablement désignée par le nombre des cinq vierges sages : assurément, tandis qu’ornée de bonnes œuvres, elle fait retentir pour lui cinq psaumes, c’est avec autant de lampes allumées qu’elle se hâte joyeusement à sa rencontre. » À la suite des bergers, de Marie, nous sommes appelés à vivre joyeusement cette hâte.

Nous demandons au Père des miséricordes que le « souci de nos tâches présentes » (p. d’ouverture, 2e dim. de l’Avent) n’entrave pas notre marche. Il s’agit, et le temps de l’Avent nous y aide, de trouver un équilibre dans ce que nous vivons au quotidien ; accomplir notre devoir d’état est une excellente chose et même un chemin de sainteté, si nous veillons à ce qu’il ne nous préoccupe pas au point de nous faire oublier Dieu. D’où la demande d’« évaluer avec sagesse les réalités de ce monde » (p. après la communion, 2e dim. de l’Avent) et de se souvenir de ses promesses de Dieu qui nous ont été données pour vivre la communion avec lui (cf. 2 P 1, 4). Avec l’Apôtre Paul, demandons la sagesse d’en haut pour comprendre avec tous les [saints] quelle est la largeur, la longueur, la hauteur, la profondeur ; nous connaîtrons ce qui dépasse toute connaissance : l’amour du Christ, et nous serons comblés jusqu’à entrer dans toute la plénitude de Dieu (Ep 3, 18-19).

Nous avons vu sa gloire !

Le temps de Noël voit l’accomplissement des promesses : Dieu est là ! Deux cris retentissent, celui de la nuit de Noël : « Vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur » (Lc 2, 11) et celui du jour : Le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous (Jn 1, 14). Le Christ révèle l’amour vainqueur et nous divinise dans cet admirable échange : « Il devient tellement l’un de nous que nous devenons éternels » (préface III de la Nativité). C’est le mystère du renouvellement : « Seigneur Dieu, tu as merveilleusement créé l’être humain dans sa dignité, et tu l’as rétabli plus merveilleusement encore » (prière d’ouverture, messe du jour de la Nativité).

La prière d’ouverture de la nuit de Noël (p. 338) est baignée de lumière ; il y a comme un paradoxe : « Tu as fait resplendir cette nuit très sainte. » Dans la 1re lecture, Isaïe dit : Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière (9, 1). Cette Lumière, c’est le Christ qui vient irradier notre humanité encore dans les ténèbres. Pas une lumière diffuse et discrète ; la prière insiste : « resplendir », « clartés », « vraie lumière ». Nous sommes comme déjà transportés au matin de Pâques lorsque Marie Madeleine se rend au tombeau de grand matin ; c’était encore les ténèbres (Jn 20, 1) ; son cœur est encore dans les ténèbres de la tristesse de la mort de son Maître. Elle va être irradiée de la lumière du Ressuscité !

Nous sommes conviés à goûter à cette lumière en entrant dans ce mystère de Noël pour que, devenant chaque jour davantage des fils, c’est-à-dire des « divinisés », nous vivions un jour la plénitude de la joie. Voyez quel grand amour nous a donné le Père pour que nous soyons appelés enfants de Dieu – et nous le sommes. […] Quand cela sera manifesté, nous lui serons semblables car nous le verrons tel qu’il est (1 Jn 3, 1.2).

Le père Jean-Sébastien Tuloup, du diocèse de Lyon, enseigne la liturgie au séminaire provincial de Lyon et anime des formations liturgiques.