L'article du mois

L’oraison psalmique du psaume 140 par Bénédicte Ducatel

L'ntelligence de la prière des Heures

« Comment passerons-nous à toi, Seigneur, si ce n’est en Jésus, notre Pâque ? Lui seul t’a offert le sacrifice du soir, les mains levées, en croix, et libre ! Tiens notre prière dans la sienne, et retiens notre cœur dans le sien. Comme tu as su le garder, garde-nous aussi de tout mal. »

Passer vers le Père

L’oraison psalmique donne au psaume une orientation pascale déterminée : « Comment passerons-nous à toi, Seigneur, si ce n’est en Jésus, notre Pâque ? » Le mot Pâque n’a pas d’autre sens que celui de « passage ». Aussi, comment passer vers le Père sinon par Jésus ? N’a-t-il pas assuré : « Personne ne va vers le Père sans passer par moi » (Jn 14, 6). Il est donc notre « passage », notre Pâque, et c’est par lui, et lui seul, que nous rencontrerons le Père, Seigneur plein d’amour, qui accourt vers nous (cf. v. 1).

Prière

De même que nous ne passons vers le Père qu’en Jésus, de même notre prière passe par lui. Il est le seul à avoir présenté le sacrifice du soir en vérité. Librement, il s’est laissé élever sur la croix pour que ses mains étendues présentent une offrande parfaite. Sa prière, tel un encens très pur, est alors montée vers le Père sans aucune entrave. Aucune embûche dressée par l’ennemi ne pouvait faire obstacle à la confiance sans limite du Fils : « Père, entre tes mains, je remets mon esprit » (Lc 23, 46) ni à son obéissance absolue : « Que soit faite non pas ma volonté, mais la tienne » (Lc 22, 42). Homme debout, dressé au-dessus des hommes et du monde, Jésus se tien[t] en prière (v. 5) et regarde vers [le] Seigneur qui épargne [s]a vie (v. 8).

L’oraison nous donne de faire une véritable profession de foi. Nous affirmons que le sacrifice de Jésus est le seul que Dieu agrée parce qu’il est offert librement – sans autre motif que l’amour – et gratuitement – sans autre motif que l’amour donné. Jésus ouvre le passage, l’unique passage, et devient le chemin, l’unique chemin, vers le Père.

Confiance

C’est au cœur d’une telle assurance que monte notre demande : « Tiens notre prière dans la sienne, et retiens notre cœur dans le sien. » Le seul désir de l’âme qui se sait sauvée par l’offrande du Christ est de lui être uni en tout. Alors, quoi de plus naturel que de demander de lui être uni dans la prière tout comme dans les diverses activités de son devoir d’état ? Notre prière sera purifiée par celle du Christ et sera modelée par elle, peu à peu et de plus en plus, au point de ne plus faire qu’une avec elle. De même, demander que notre cœur soit gardé du mal – poisons, filet, embûches, etc. – en étant retenu « dans le sien », c’est revendiquer le droit de demeurer dans le Christ comme lui-même demeure en nous (cf. Jn 15, 4).

Ainsi, l’oraison s’achève sur cette dernière demande qui n’en est presque pas une si l’on considère la confiance acquise précédemment. Le Père n’a pas abandonné son Fils à la mort (cf. Ps 15, 10), aussi pouvons-nous être sûrs qu’il nous gardera de tout mal.