L'article du mois

Bénédicte Ducatel

L’intelligence de la prière des Heures par Bénédicte Ducatel

Des hymnes pour célébrer Dieu

Toutes les sociétés ont composé des hymnes tant pour les cultes religieux que pour les manifestations civiles. Israël a magnifié Dieu par de nombreuses hymnes et la jeune Église n’a pas craint d’en composer elle aussi.

Le chant nouveau

Clément d’Alexandrie, au début du iiie siècle, fait valoir la spécificité de l’hymne chrétienne comme « chant nouveau », c’est-à-dire expression de l’expérience unique du salut apporté en Jésus Christ. En vertu de son baptême, le croyant consent à la présence du Christ, qu’il laisse chanter en lui. Car, dit Clément, le Christ « ayant méprisé la lyre et la cithare, instruments sans âme, régla par l’Esprit Saint notre monde et tout particulièrement ce microcosme, l’homme, âme et corps : il se sert de cet instrument aux mille voix pour célébrer Dieu, et il chante lui-même en accord avec cet instrument humain » (1). Pour Clément, non seulement le chant est celui du Christ en nous, mais, dit-il : « Le Christ, je l’appelle un chant nouveau », faisant du chant le lieu même de sa présence salvifique. L’hymne reçoit là ses lettres de noblesse. Elle n’est pas un discours sur Dieu ou sur le Christ, elle est extériorisation du chant intérieur qui habite le chrétien. Elle est la voix du Christ dans la bouche de l’Église. Elle est le chant du peuple, communion de baptisés en communion avec le Christ, et fait pressentir ce qu’est l’Église : un peuple corps fait de multiples membres, mais n’ayant qu’un coeur, qu’une âme et qu’une voix.

 La variété des hymnes

Si une étude plus approfondie nous révèle que le développement de l’hymne n’est pas linéaire dans l’histoire de l’Église, il est cependant constant. Les hymnes répondent à l’exigence intérieure si bien exprimée par le psalmiste : Goûtez et voyez : le Seigneur est bon ! (Ps 33, 9). Chaque époque a travaillé à faire goûter intérieurement ce qu’énonce l’hymne et, par là, à faire entrer le priant dans l’espace de grâce que celle-ci laisse entrevoir. Le baptisé, qui veut bien s’y laisser conduire, découvre alors un au-delà des mots où Dieu se tient, lui qui vient et « pourtant reste caché », lui dont « l’Esprit seul nous découvre [le] passage ». (2)

 Un poème de l’au-delà

Si l’hymne est toujours poème, c’est qu’elle tente de s’accorder à une réalité qui la dépasse – le chant du Christ devant son Père – et dans laquelle elle a mission de faire entrer l’Église. La poésie donne aux mots quotidiens une nouveauté d’expression, une distance inhabituelle qui aide à goûter le contenu spirituel, à en saisir la profondeur jusque-là ignorée. Le poème joue des mots et des silences, qui pèsent au long des vers et ouvrent à la réalité du mystère d’amour qui nous relève. « Père, […] entends monter vers toi, comme en écho, nos voix mêlées aux chants que lance ton Bien-Aimé. » (3)

 

  1. Clément d’Alexandrie, Le Protreptique, Paris, Cerf, coll. « Sources chrétiennes », n° 2 bis, 2004, p. 60.
  2. CFC, hymne du jeudi matin I et III.
  3. Didier Rimaud, hymne du jeudi matin II et IV.