L'article du mois

Bénédicte Ducatel

L’intelligence de la prière des Heures par Bénédicte Ducatel

Une expérience de rencontre

À travers sa structure précise et cependant ouverte, la liturgie des Heures s’offre comme le lieu d’une expérience de Dieu. En elle, Dieu se donne à connaître d’une manière qui n’a rien à voir avec la raison objective.

Dieu parle au cœur

La liturgie, tout comme l’Église qu’elle manifeste, est « à la fois humaine et divine, visible et riche de réalités invisibles[1]». C’est dans cet entre-deux de l’action humaine et de l’action divine que nous faisons l’expérience de la présence de Dieu, car, avant d’être expression des lèvres et du corps, la prière est un mouvement vers l’intérieur pour accéder à ce lieu que Dieu habite et où il nous attend pour nous unir à lui. Il nous faut « creuser assez profond pour aller jusqu’au trésor caché », dit saint Éphrem. En conséquence, si notre cœur est loin de Dieu, l’expression de la prière – gestes et paroles – sera vaine. Ainsi l’exprime Isaïe cité par Matthieu : « Ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi [2]. » Autrement dit par saint Benoît : « Que votre âme soit d’accord avec votre voix. »

Se laisser transformer

Dès lors, conscients d’unir le mouvement de nos lèvres à celui de notre cœur, et inversement, nous entrons dans cet espace de rencontre qu’est la prière où l’œuvre de Dieu en notre faveur s’accomplit. La vie spirituelle – c’est-à-dire conduite par l’Esprit – implique que notre volonté consciente soit accordée aux paroles de Dieu que nous prononçons dans la liturgie des Heures, jusqu’à ce que nous soyons comme modelés et transformés si profondément qu’avec l’aide de la grâce de Dieu, la totalité de notre personne ne soit plus qu’une seule volonté, celle du Christ.

À l’écoute de la Parole

Pour que notre prière soit celle du Christ, nous ne pouvons pas faire l’économie d’une écoute attentive de sa parole – paroles et gestes que nous rapportent les Évangiles. Mais aussi la psalmodie qui nous met la Parole en bouche pour que nous la mâchions jusqu’à ce qu’elle pénètre notre cœur et le pétrisse à sa manière. Par une sorte d’analogie, nous pourrions dire que, dans la psalmodie, Dieu se donne à manger, qu’il se fait nourriture pour notre âme, afin que peu à peu nous devenions ce que nous recevons, selon la belle formule d’Augustin.

La liturgie, par le langage de la beauté, les attitudes, les déplacements, les gestes, et les paroles qu’elle emploie, nous fait entendre la parole de Dieu de multiples manières. Et au cœur de cette écoute, nous rencontrons notre Dieu à l’intime de nous-mêmes, nous expérimentons sa présence et la puissance lumineuse de sa parole et de son amour qui nous déplace et nous entraîne vers un ailleurs divin. Retentit alors en nous comme un appel à sortir de nous-mêmes pour accueillir la nouveauté radicale de l’amour et prendre le chemin d’une nouvelle liberté intérieure qui nous envoie au monde tout en nous ramenant inlassablement au lieu de la rencontre.

  


[1]. Constitution sur la liturgie, no 2.

[2]. Mt 15, 8 citant Is 29, 13.