L'article du mois

Bénédicte Ducatel

L’intelligence de la prière des Heures par Bénédicte Ducatel

Prière communautaire

Toute célébration liturgique est une célébration de l’Église, c’est-à-dire du Corps du Christ tout entier. La liturgie des Heures n’échappe pas à cette réalité. Que nous soyons en grand nombre à la cathédrale, quelques-uns dans une chapelle ou seul dans notre chambre, nous sommes une partie du Corps du Christ, signe à la fois fragile et réel de ce corps ecclésial qui déborde toujours ce que nous en voyons.

Le « nous » de l’Église

La prière liturgique nous engage sur un chemin de communion fraternelle. De l’introduction : « Seigneur, à notre secours », jusqu’à la conclusion : « Nous rendons grâce à Dieu », c’est l’Église tout entière qui prie. Jamais, pas même l’ermite dans sa solitude, nous ne disons : « Je rends grâce à Dieu », mais bien « nous ». Ainsi est manifesté le caractère communautaire de la prière. Lorsque les psaumes nous font dire « je », il s’agit à la fois du « je » du psalmiste, du « je » du Christ s’adressant à son Père, du « je » du priant qui actualise dans l’aujourd’hui de sa vie les sentiments que le psaume lui donne d’énoncer, et finalement le « je » de l’Église mêlant sa voix à celle de son Époux. Sans nous faire perdre notre identité, la prière nous conduit à nous penser comme membres d’un corps, selon la belle expression de Paul : « Vous êtes corps du Christ et, chacun pour votre part, vous êtes membres de ce corps » (1 Co 12, 27).

Riche du partage

En priant la liturgie des Heures, nous entrons dans un mouvement qui nous précède, nous conduit plus loin que nous-mêmes. Nous accueillons les mots qui forcent notre cœur et notre prière à s’élargir. En effet, « chacun participe à cette prière [du Christ], qui est la prière propre d’un corps unique, car en elle s’unissent les prières qui expriment la voix de l’épouse bien-aimée du Christ, les désirs et les vœux de tout le peuple chrétien, les supplications pour les besoins de tous les hommes1 ». La liturgie des Heures nous fait prendre en compte la vie du monde, ses angoisses, ses attentes, ses désirs et ses joies, que ce soit par les mots des psaumes ou par les prières d’intercession. Nous n’exprimons pas ce qui nous tient à cœur au moment où nous prions, mais nous prenons en compte les soucis les uns des autres. Ainsi, si un seul membre souffre, tous les membres partagent sa souffrance ; si un membre est à l’honneur, tous partagent sa joie (1 Co 12, 26). La prière nous enrichit donc de ce qui touche et affecte l’ensemble du corps de l’Église. Nous sommes continuellement décentrés de nous-mêmes, allégés de nos soucis puisque conviés à lester notre prière des préoccupations des autres membres de l’Église. Dès lors, nous prenons conscience que la prière de l’Église fonctionne dans un échange d’amour qui participe à la grande prière du Christ, c’est-à-dire son offrande pascale. Nul n’est mis de côté, mais tous sont portés devant Dieu par le Christ dans l’offrande de la prière.

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1. Constitution apostolique Laudis canticum promulguant l’office divin, Paul VI, 1er novembre 1970.