L'article du mois

L’intelligence de la prière des Heures par Bénédicte Ducatel

Sanctifier le temps

En citant la lettre aux Hébreux, la Présentation générale de la Liturgie des heures rappelle que « l’Église ne cesse jamais de prier et nous y invite par ces paroles : “Par lui [Jésus], offrons toujours à Dieu le sacrifice de louange” (He 13, 15)(1) ».

Offrir sa vie

C’est bien par le Christ, parfaite offrande faite au Père, que nous pouvons offrir le sacrifice de louange qui plaît à Dieu, c’est-à-dire l’offrande de nous-mêmes. N’est-ce pas ce que nous demandons en chaque eucharistie : être nous-mêmes, « dans le Christ une vivante offrande à la louange de ta gloire(2) » ? La liturgie des Heures, qui « étend aux différents moments de la journée » la grâce eucharistique, nous permet de renouveler cette vivante offrande dans le cours du temps qui passe, quotidiennement, et finalement pour la durée de notre existence. C’est à l’intérieur de ce temps que, dans la vulnérabilité de nos vies et la fluidité du temps, notre offrande prend corps et devient effective.

Offrir le temps

La liturgie des Heures, « qui a en propre, par rapport aux autres actes liturgiques, […] de consacrer tout le cycle du jour et de la nuit(3) », expose nos personnes et le temps qu’elles traversent à la grâce de Dieu qui en retour les sanctifie. Il nous appartient de faire du temps qui s’écoule le lieu de la sanctification de nos vies, en l’offrant en sacrifice à Dieu, comme un parfum d’agréable odeur (Ep 5, 2). Le temps qui s’envole est bien comparable à un parfum qui nimbe nos vies de chair et de sang, nos vies aux prises avec le labeur du jour, bien ancrées dans la terre, mais que le Christ appelle à marcher au rythme du temps qui n’a pas d’autre terme que l’éternité. Alors le retour de la prière, loin d’être un motif lassant de répétition, est l’embrasement de nos vies qui, semblable à la pierre d’encens, devient volutes de prière s’élevant jusqu’au trône de Dieu (cf. Ap 8, 3).

Le don du temps et de la vie

Donnés par Dieu, ni le temps ni la vie ne nous appartiennent. Si nous les offrons à Dieu, c’est dans un mouvement d’action de grâce qui est sacrifice de louange. Nous sommes tributaires d’un plus grand que nous, du Tout-Autre, et la prière nous apprend à nous recevoir de lui comme un don précieux, à recevoir le temps comme le lieu où il se donne en permanence. Goûtez et voyez : le Seigneur est bon ! dit le psalmiste (Ps 33, 9). Goûtez, d’Heure en Heure, la douceur de son nom (Ps 134, 3), voyez, de jour et jour, s’édifier la maison du Seigneur, ce temple saint, non fait de mains d’hommes, qui n’est autre que le Corps du Christ qui est l’Église (cf. Mc 14, 58). C’est dans le temps des hommes que la prière, sans cesse réactivée, ouvre une brèche vers la plénitude des temps. Immuable prière qui ne revient jamais sur elle-même, mais marche au pas d’une histoire sainte dont l’origine et la fin se trouvent en Dieu. C’est bien devant le « Maître des temps et de l’histoire(4) » que la prière des Heures nous ramène inlassablement.

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1. PGLH, no 10.

2. Prière eucharistique IV.

3. PGLH, no 10.

4. Ve préface des dimanches du temps ordinaire.