L'article du mois

Bénédicte Ducatel

L’intelligence de la prière des Heures par Bénédicte Ducatel

Le Christ contemplé et prié

La liturgie des Heures puise la plus grande partie de sa substance dans le psautier composé sous l’inspiration de l’Esprit Saint. Si tout homme y découvre le tout de l’homme dans la contradiction de ses sentiments, les psaumes chantés dans la liturgie des Heures nous entraînent plus loin.

Contempler le Christ

Celui qui psalmodie ne s’arrête pas ici aux seuls sentiments humains – même s’il y puise un enseignement –, il découvre celui qui habite la louange d’Israël (Ps 21, 4), et dont tous les psaumes prophétisent la vie, la mort, la résurrection et la glorification. Si la jeune Église a conservé les psaumes dans sa prière, c’est parce qu’elle a compris que la parole de Jésus : «Il faut que s’accomplisse tout ce qui a été écrit à mon sujet dans la loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes» (Lc 24, 44), donnait aux psaumes un statut prophétique. Jésus est le premier à s’appliquer ce verset du psaume 117 : La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle (v. 22). Et plus tard, Pierre offre un exemple majeur de l’interprétation messianique des psaumes lorsqu’il rend compte de la résurrection du Christ à partir des psaumes 15 et 109 dans son discours après la Pentecôte (cf. Ac 2, 25-36).

Ainsi, le sens ultime des psaumes se trouve-t-il dans la contemplation de l’œuvre de Dieu réalisée en Jésus Christ.

Prier avec le Christ

Cependant une lecture, même rapide, du psautier fait apparaître un grand nombre d’intervenants. Les Pères de l’Église se sont alors demandé : « Qui parle à qui ? » Ils ont donné plusieurs réponses. Tout d’abord, le Christ est celui qui prie les psaumes : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? (Ps 21, 2). Mais, nous sommes ceux qui, dans la prière, s’adressent au Père par le Christ. Aussi notre voix se glisse-t-elle dans celle du Christ tourné vers le Père. Enfin, le Christ est l’objet de notre prière, celui dont nous désirons la présence salutaire.

Certains versets de psaumes ont questionné ce principe. Peut-on vraiment attribuer au Christ des paroles telles que : Babylone, heureux qui saisira tes enfants, pour les briser contre le roc (Ps 136, 8.9) ? Saint Augustin a cette belle réponse : Le Christ « dira certes un certain nombre de choses […] qui ne semblent pas correspondre à notre chef sublime […]. Et pourtant, c’est bien le Christ qui les prononce, parce que le Christ est aussi dans les membres du Christ1 ». Le Christ qui parle ici est ce Christ « total » qui se compose de la tête parfaite et des membres pécheurs. En chemin vers la plénitude du salut, ses membres crient pour être délivrés des enfants de la misérable Babylone – désirs mauvais et autres actions injustes –, tout comme dans le Notre Père, ils demandent : « Délivre-nous du mal. »

Celui qui prie se laisse transformer par les mots qu’il prononce et découvre les propres mouvements de son âme, tout en s’ouvrant à l’universalité des sentiments humains saisis et purifiés par le Christ qui les porte, en notre nom, devant son Père.

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1. Sur le Psaume 30, 1, 4.