L'article du mois

L’oraison psalmique du psaume 142 par Bénédicte Ducatel

L'intelligence de la prière des Heures

« Dieu qui es fidèle et juste, réponds à ton Église en prière, comme tu as répondu à Jésus, ton serviteur. Quand le souffle en elle s’épuise, fais-la vivre du souffle de ton Esprit : qu’elle médite sur l’œuvre de tes mains, pour avancer, libre et confiante, vers le matin de sa Pâque. »

Après une adresse à Dieu qualifié de « fidèle et juste » en écho direct au psaume : Dans ta justice écoute mes appels, dans ta fidélité réponds-moi (v. 1), l’oraison psalmique l’interpelle : « Réponds à ton Église en prière, comme tu as répondu à Jésus, ton serviteur. »

Le Serviteur souffrant

Tout le psaume répercute le cri d’angoisse de Jésus qui, pourtant, ne s’élève qu’au cœur d’un acte de foi et de confiance inaltérable, alors que sonne l’heure de la Passion. « Maintenant mon âme est bouleversée », dit Jésus (Jn 12, 27), quand le psalmiste confesse : Le souffle en moi s’épuise, mon cœur au fond de moi s’épouvante (v. 4). Et lorsqu’il clame : Vite, réponds-moi, Seigneur : je suis à bout de souffle (v. 7), ce n’est que pour mieux affirmer : Ton souffle est bienfaisant (v. 10). La confiance du serviteur se fonde sur l’expérience du salut que Dieu a toujours manifesté pour son peuple. Il n’hésite pas à revenir à la source de la foi : Je me souviens des jours d’autrefois, je me redis toutes tes actions, sur l’œuvre de tes mains je médite (v. 5). C’est là qu’il puise pour tenir ensemble la demande et l’abandon qui alternent aux versets 9 et 10 : Délivre-moi […] j’ai un abri auprès de toi […]. Ainsi le serviteur, dans la plus grande déréliction, s’ouvre à l’inouï de la grâce divine : Fais que j’entende au matin ton amour car je compte sur toi (v. 8). Et Dieu, qui est fidèle et juste, a répondu à Jésus en le ressuscitant : Tu m’as répondu ! dit-il (Ps 21, 22)c’est là l’œuvre du Seigneur, la merveille devant nos yeux, confessons-nous (Ps 117, 23).

L’Église

L’oraison psalmique ouvre le champ du psaume. Du psalmiste confronté aux ténèbres (v. 3), elle passe au Christ, Serviteur souffrant, pour affermir sa demande concernant l’Église, Corps du Christ. « Quand le souffle en elle s’épuise », l’Église a besoin du « souffle de l’Esprit » par qui elle reprend vie et retrouve le chemin qu’elle doit prendre à la suite du Christ (v. 8). Lui-même s’est laissé conduire par l’Esprit Saint dès le premier instant de sa mission. Tous ceux qui se laissent conduire par l’Esprit de Dieuceux-là sont fils de Dieu, dit saint Paul, car l’Esprit les fait vivre (Rm 8, 14.10) comme le Christ. L’Esprit est aussi celui qui nous fait nous souvenir de tout ce que [Jésus nous a dit] (Jn 14, 26) et des œuvres accomplies par le Père en notre faveur. Quoi de plus profitable que de faire anamnèse. « Nous proclamons ta mort, Seigneur Jésus, nous célébrons ta résurrection et nous attendons ta venue dans la gloire », disons-nous dans chaque célébration eucharistique. C’est le même mouvement que l’oraison psalmique nous invite à vivre, faire mémoire du passé pour vivre aujourd’hui libres et confiants dans l’espérance du « matin de [notre] Pâque ».