L'article du mois

L’oraison psalmique du psaume 23 par Bénédicte Ducatel

L'intelligence de la prière des Heures

« Seigneur Dieu, roi du ciel et de la terre, tu as fait entrer dans ta gloire celui qui était d’abord entré dans la nature humaine, Jésus Christ, notre seul prêtre. Donne-nous d’accueillir avec un cœur pur ce roi de gloire, afin qu’il nous reçoive sur la montagne sainte où il règne, près de toi, pour les siècles. »

Le psaume 23 est composé de deux cantiques d’origine différente. La première partie – versets 1 à 6 – fait penser à l’arrivée d’une colonne de pèlerins devant les portes du Temple, où s’instaure avec les prêtres une sorte de dialogue sur ce qui est nécessaire pour accéder aux parvis intérieurs. La seconde partie, plus ancienne, fait mémoire d’un dialogue liturgique entre ceux qui souhaitent faire entrer l’arche d’Alliance – sur laquelle repose la présence de Dieu – dans le Temple, et les gardiens de celui-ci. Deux dialogues qui évoquent l’entrée du peuple et celle du Seigneur dans le lieu saint (v. 3). Deux dialogues qui se répondent et se complètent, et dont l’oraison psalmique offre une synthèse christologique.

Roi de gloire

L’oraison s’adresse au « Seigneur Dieu, roi du ciel et de la terre » dont le psaume déploie les prérogatives créatrices : Au Seigneur, le monde et sa richesse, la terre et tous ses habitants ! C’est lui qui l’a fondée sur les mers et la garde inébranlable sur les flots (v. 1-2). Roi du ciel et de la terre, il est aussi le créateur de l’homme qu’il souhaite voir se tenir dans le lieu saint (v. 3). Et quel homme au cœur pur, aux mains innocentes, qui ne livre pas son âme aux idoles (v. 4) peut ainsi gravir la montagne du Seigneur, sinon Jésus lui-même qui est « entré dans la nature humaine » par son incarnation, puis, par son obéissance, sa mort et sa résurrection, est entré une fois pour toutes dans le sanctuaire (He 9, 12) ? L’oraison psalmique noue entre elles les deux parties du psaume en plaçant le Christ à la croisée de la terre et du ciel.

Portes éternelles

À la supplique : Portes, levez vos frontons, élevez-vous, portes éternelles (v. 7), répond la grande geste de Dieu qui intronise son Fils, Jésus Christ, dans sa gloire. Le ciel s’est déchiré, comme le rideau du Sanctuaire, pour laisser passer le premier-né d’entre les morts, afin qu’il ait en tout la primauté (Col 1, 18), entraînant à sa suite l’humanité restaurée, appelée à partager sa gloire. Là où le roi de gloire est entré, nous désirons le suivre, en devenant à sa suite un homme ou une femme au cœur pur.

Les portes qui doivent s’élever sont aussi celles de notre cœur. Trop souvent repliées sur elles-mêmes, elles laissent peu de place au passage du Christ, le fort, le vaillant (v. 8)qui nous veut en sa présence. L’oraison nous fait demander la grâce « d’accueillir avec un cœur pur ce roi de gloire », condition pour « qu’il nous reçoive sur la montagne sainte où il règne » auprès du Père « pour les siècles ». Marie, que nous fêtons en ce mois, nous donne l’exemple de cet accueil inconditionnel du Christ qui ouvre les portes du Royaume.