L'article du mois

Bénédicte Ducatel

L’intelligence de la prière des Heures par Bénédicte Ducatel

Dans le miroir de l’âme

Voir et ne pas voir, tel est mystère de la prière à laquelle le baptême nous a ordonné. Car Dieu dit à Moïse : « Tu ne pourras pas voir mon visage, car un être humain ne peut pas me voir et rester en vie » (Ex 33, 20), mais Jésus, rayonnement de la gloire de Dieu, expression parfaite de son être (He 1, 3), affirme sans détour : « Celui qui m’a vu a vu le Père » (Jn 14, 9). Or, pour nous chrétiens du xxie siècle, Jésus se laisse « voir » de manière privilégiée dans la prière liturgique où il se rend présent tout en demeurant caché à nos yeux, où il nous parle quand on lit l’Écriture, où il nous guérit et nous relève dans les sacrements, où il se tient au milieu de l’assemblée qui prie et chante les psaumes (1)

Révéler

La liturgie des Heures célébrée est un des lieux où, par la grâce de l’Esprit, Dieu se donne à voir en Jésus Christ. Même si nous n’en avons pas conscience, cela est. Et parfois, il nous est donné de le goûter de manière plus sensible. Mais c’est dans la lente répétition du même, que peu à peu se révèle le visage de Dieu que le Christ dessine pour nous. Ceux qui ont fait de la photo au temps de l’argentique savent qu’une fois l’impression photographique faite par l’imposition de la lumière, l’image devient visible dans un bain de « révélateur ». La plongée en Écriture qu’est la prière de la liturgie des Heures fait se travail. Tout d’abord exposé à la lumière de la Révélation par l’écoute du Verbe, nous nous laissons travailler par le « révélateur » qu’est l’Esprit Saint. Et dans le silence de la longue patience, nous « verrons », dans foi, apparaître le visage du Père au fond de notre âme.

Admirer

J’ai demandé une chose au Seigneur, la seule que je cherche : habiter la maison du Seigneur tous les jours de ma vie, pour admirer le Seigneur dans sa beauté, chantons-nous avec le psaume 26 (v. 4). Admirer le Seigneur dans sa beauté, c’est là tout le travail de la liturgie des Heures de nous conduire à cette admiration, à la fois contemplative et « magnifiante ». Les psaumes, bien sûr, mais aussi les hymnes, les lectures, les intercessions, ne cessent de nous conduire à cette double attitude, contempler l’œuvre de Dieu qui créé et sauve, et rendre grâce pour cette œuvre de miséricorde qui nous atteint, nous qui prions et ceux que la prière rejoint. Les styles diffèrent et nourrissent notre relation à Dieu et aux hommes tel un arc-en-ciel intérieur aux multiples nuances.

Voir

Ainsi, découvrant Dieu dans le miroir de notre âme, nous apprenons à voir et à regarder le monde avec ses yeux, à aimer, à vivre comme lui. La prière des Heures façonne notre être tout entier et, loin de nous couper du monde, elle nous permet de nous y tenir sereinement, disponibles et confiants, et en retour de prendre en charge le monde blessé dans la prière. Dans un lent mouvement, la liturgie des Heures décille nos yeux pour voir le Dieu qui nous façonne à son image pour que le monde, en nous voyant, découvre sa présence.

 


[1]. Cf. Constitution sur la liturgie, no 7.