L'article du mois

Bénédicte Ducatel

L’intelligence de la prière des Heures par Bénédicte Ducatel

Sanctifier le temps

 La liturgie des Heures « a en propre, par rapport aux autres actes liturgiques […], de consacrer tout le cycle du jour et de la nuit [1] » par la louange de Dieu. Qu’est-ce à dire ?

 

La louange de Dieu

La prière liturgique a pour particularité d’ouvrir notre temps sur le temps éternel que Dieu habite. Le temps rejoint en quelque sorte le hors temps qu’est la vie même de Dieu. Nous sommes mis en sa présence en unissant nos voix à celle du Christ dans le souffle de l’Esprit. Ainsi permettons-nous au temps divin et éternel de déposer sur notre temps humain et limité la puissance de sa sainteté. Insensiblement, par la louange, nous marquons le temps qui passe du sceau de l’éternité. L’incroyable puissance de la louange « qui se chante éternellement dans les demeures célestes [2] », nous atteint lorsqu’avec toute l’Église nous chantons les Heures. Elle colore chaque moment de la journée d’un éclat de lumière pascale.

 

Rendre le temps à Dieu

La prière publique de l’Église faite à différentes heures du jour et de la nuit apparaît comme le guide d’un immense pèlerinage, effectué non dans l’espace mais dans le temps. La liturgie, et la liturgie des Heures en particulier, « a pour première tâche de nous ramener inlassablement sur le chemin pascal ouvert par le Christ [3] ». C’est bien de cela qu’il s’agit : reprendre souffle au cœur du temps qui passe pour poursuivre le chemin pascal jusqu’à la Parousie.

Célébrer à heures fixes nous donne d’annoncer au monde que le temps donné par Dieu lui est remis en offrande et, à la fois, que le temps qu’il donne ne nous sépare pas du reste des hommes. Il est donc juste de consentir au temps remis à Dieu pour marcher avec les hommes, et en retour, d’accepter le temps passé avec les hommes pour marcher avec Dieu en vérité. Car c’est en eux que Dieu se donne à aimer, tout comme c’est par Dieu que les hommes sont aimés.

 

Le temps du salut

Les Heures se succèdent comme les pas d’une marche. De la marche lente d’un long passage de la vie à la Vie. Chaque Heure invite à accueillir le pas accompli dans sa petitesse pourtant si indispensable pour féconder le cours de la marche. Il y va donc du but – passer à la Vie – de consentir à marcher d’Heure en Heure. Et chaque Heure creuse le passage, par la répétition des mêmes paroles, des mêmes gestes, des mêmes signes.

Dans la marche, le pas suivant n’est jamais connu de celui qui va le poser. De même, l’Heure qui va se déployer maintenant n’est pas connue de celui qui s’y donne. Certes, elle est connue par la raison, elle n’est pas connue dans sa grâce car, en elle, c’est l’heure du Christ et par lui, de l’Église qui s’accomplit. Ainsi la liturgie des Heures n’est pas un « passe-temps », elle est au cœur du temps qui passe, le temps de la grâce du salut.



[1]. Présentation générale de la Liturgie des heures, n° 10.

 [2]. Constitution sur la liturgie, n° 83.

 [3]. Jean-Paul II, Lettre pour le 25e anniversaire de la constitution sur la liturgie, 4 décembre 1988, n° 6.