La couverture du mois

Marie, mère de la Miséricorde par Pierre-Marie Varennes

Pierre Poncet fut un peintre orléanais de grande qualité, actif dans le deuxième quart du XVIIe siècle. La plupart de ses œuvres s’étant perdues, il a complètement disparu des tablettes, ne figurant même pas dans le Bénézit, célèbre répertoire des peintres. On trouve pourtant sa trace comme élève de Simon Vouet et, plus tard, comme directeur d’un atelier à Orléans avec des élèves connus, dont Noël Coypel qui deviendra directeur de l’Académie royale de peinture et peintre principal du château de Versailles.

Donner à contempler l’humilité de la charité

Pierre Poncet a été redécouvert récemment et quelques-unes de ses œuvres retrouvées ont été remises en avant, notamment au musée des Beaux-Arts d’Orléans. Parmi elles figure ce tableau de grande taille (197 x 145 cm) représentant sainte Anne faisant l’éducation à la charité de la Vierge Marie. Ce sujet est très rare et, à la même époque, on ne connaît qu’un équivalent, peint à Lyon par Nicolas Chaperon.

On retrouve dans cette œuvre le style « baroque romain » de Simon Vouet, avec la composition ample et les perspectives théâtrales. Les attitudes des personnages sont déclamatoires, les têtes, expressives, les poses recherchées et les couleurs, brillantes. On y dénote cependant quelques touches de ­classicisme, inspirées sans doute de Philippe de Champaigne et de Nicolas Poussin.

« Parce qu’aussi Elle est toute Charité »

Des mendiants demandent l’aumône sur les marches d’un édifice grandiose qui représente le Temple de Jérusalem. Sainte Anne survient, tenant la main de sa fille, la Vierge Marie. On comprend qu’elle entend lui montrer l’exemple de la première des œuvres de miséricorde, l’aumône. Cependant, la leçon s’adresse à nous plutôt qu’à l’Immaculée. Car la Vierge Marie enfant n’est pas tournée vers la scène mais vers nous, spectateurs. Elle est représentée de manière transitive, comme si elle était sur une avant-scène d’où elle présenterait le tableau. S’adressant au spectateur, elle le fixe dans les yeux et, non sans une petite dose de touchante espièglerie juvénile, elle va jusqu’à requérir sa participation émotionnelle et même sa complicité. Elle semble nous dire : « Oui, imitez ma maman qui donne, y compris de notre nécessaire, pour secourir les nécessiteux. Cependant, moi, je vous ferai le plus beau don que toute charité puisse faire : je vous donnerai le Sauveur du monde ! »

Sainte Anne, accompagnée par la Vierge Marie, donnant l’aumône, Jacques de Létin (1597-1661), musée des Beaux-Arts, Orléans, France. © Bridgeman Images.