Commentaire de la couverture

Ce qui, dans les Écritures, le concernait par Pierre-Marie Varennes

Fritz von Uhde († 1911), contemporain des impressionnistes, s’attacha à montrer la présence de Jésus au monde, le représentant contemporain et acteur de la vie de son époque. Ici, cependant, il peint l’épisode évangélique dit des Pèlerins d’Emmaüs (cf. Lc 24, 13-32). Le chemin qui serpente entre les vallons symbolise le déroulement de l’histoire du Salut au long de la marche de l’humanité vers son éternel aboutissement. Le lieu où en sont les pèlerins marque le temps de la manifestation historique du Salut en la personne de Jésus de Nazareth. Le chemin déjà parcouru représente l’histoire sainte dont le Verbe dévoile le sens ultime à ses deux compagnons de route : Partant de Moïse et de tous les Prophètes, il leur interpréta, dans toute l’Écriture, ce qui le concernait (v. 27).

Le chemin qui est devant eux et qui de méandres en accidents va se perdre jusque dans l’horizon céleste, ce chemin représente le temps encore accordé au temps avant sa fin. Ce sera le temps de l’Église. Un temps où l’amour du Christ donnant sa vie va être démultiplié, pour la multitude donc, par chacun des membres de son corps, en une véritable communion à sa présence devenue invisible mais toujours bien réelle et efficace. Ce temps nouveau, le Sauveur du monde va l’inaugurer en célébrant lui-même la première messe de l’histoire en l’auberge d’Emmaüs. Quand les deux disciples prennent et mangent le pain, le corps du Christ s’est tout donné en communion, à ce point qu’il disparaît à leurs yeux. À eux tous et à chacun d’être désormais son corps visible et agissant, tout au long du chemin qu’il reste à parcourir. « Faites ceci en mémoire de moi ; aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés ; livrez votre vie, ma vie ; versez votre sang, mon sang ; jusqu’à ce qu’advienne au dernier jour la parfaite et éternelle réalisation, en moi, de la raison d’être de chacun de mes membres. »

Alors Dieu sera tout en tous.

 

Sur le chemin d’Emmaüs (1890), Fritz von Uhde (1848-1911), Dresde (Allemagne), Galerie Neue Meister. © akg-images.