Commentaire de la couverture

Dixit Dominus Domino meo par Pierre-Marie Varennes

Cette lettrine historiée illustre un manuscrit enluminé de la Bible, édité vers 1240 en l’abbaye cistercienne de Heisterbach, près de Bonn (Allemagne). Représentant la lettre D, elle ouvre l’incipit du psaume 109 : 


Dixit Dominus Domino meo :

Sede a dextris meis    

donec ponam inimicos tuos  

scabellum pedum tuorum.    

 

Le Seigneur dit à mon Seigneur :

Trône à ma droite,

tant que j’aie fait de tes ennemis

l’escabeau de tes pieds. 


Cette Trinité veut représenter l’intronisation du Fils par le Père dans la communion de l’Esprit Saint. L’invitation : Sede a dextris meis, laisse supposer que le Fils n’est pas encore assis sur le trône, or le voici bel et bien représenté siégeant. C’est que, comme le fait dire au Père la version des Septante du psaume 109 : Je t’ai engendré de mes entrailles avant l’étoile du matin (v. 3). Le Fils unique engendré trône donc à la droite du Père depuis toute éternité, pour toute éternité. Cependant, si l’on peut dire, le voici qui est oint, consacré, intronisé dans le temps, afin qu’en trois temps accomplis, le temps surgisse de l’éternité pour finalement regagner l’éternité et s’y dissoudre. Une première fois quand l’humanité est créée en lui et pour lui. Une deuxième fois quand l’humanité est sauvée par lui, avec lui et en lui. Une troisième fois quand l’humanité, après avoir été jugée par lui, répond à l’invitation de trôner en lui à la droite du Père. Mais comment l’humanité pourrait-elle bien se hisser jusqu’à la hauteur divine de ce trône ? En la résurrection de Jésus, le Père fait à jamais de l’ennemie du genre humain, la mort, l’escabeau de ses pieds.

Trait de génie du miniaturiste pour rendre la profondeur abyssale du mystère du sein fécond de la Trinité éternelle : il représente cette Trinité avec un Père d’âge mûr intronisant son Fils de douze ans. Celui-ci siège doctoralement, comme il le fit au Temple de Jérusalem. Il est consacré aux affaires de son Père. Et ce Fils tient en main le même livre de la parole de Dieu que celui que tient son Père. Pourquoi ? Pour t’interpeller, toi, personnellement :

Tu ne crois donc pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi ?

Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même :

le Père qui demeure en moi fait ses propres œuvres. (Jn 14.10).

 

Pierre-Marie Varennes

 

Trinité du Psautier (v. 1240), miniature, Bible de Heisterbach, Ms. theol. lat. folio 379 page 250, Berlin (Allemagne), Staatsbibliothek. © BPK, Berlin, dist. RMN-GP / Ruth Schacht.