Alban de Châteauvieux
Fêté le 8 novembre

Pourquoi Duns Scot ? Car Jean est né à Duns, en Écosse, vers 1265. On appelle aussi « docteur subtil », pour ses raisonnements philosophiques et théologiques complexes, ce grand savant du Moyen-Âge.
Il entre chez les franciscains à l’âge de 15 ans. Ses professeurs devinent sans doute chez lui de grandes facultés intellectuelles car ils l’envoient à Oxford poursuivre ses études. Il y commente les « Sentences » de Pierre Lombard, un traité de théologie scholastique du xiie siècle étudié par tous les futurs théologiens médiévaux pour obtenir leur diplôme. Scot enseigne ensuite à Oxford, à Paris (où il dirige le studium franciscain), puis à Cologne. Il y meurt à 43 ans, le 8 novembre 1308. Sur sa tombe, dans l’église des Frères mineurs de la ville, on peut lire : « L’Écosse, la première, t’a vu naître, puis l’Angleterre t’a instruit, la France à son tour t’accueillit, mais Cologne garde ton tombeau. »
Son enseignement à Paris commence aux environs de l’an 1300, après l’obtention de son doctorat de théologie (soit douze à quatorze années d’études). Il commence alors à écrire des œuvres de logique, et assiste à la dispute entre Maître Eckhart et Gonzalve d’Espagne, son maître en théologie. Au cœur de leur affrontement, cette question : peut-on connaître Dieu par la volonté ou le connaissons-nous par l’intellect, pour pouvoir attester que Dieu est l’Être ? Face à la controverse séculaire entre dominicains et franciscains, Scot montre que la connaissance de Dieu passe par la volonté. Dieu lui-même est volonté. « Dieu aurait pu donner une autre nature aux êtres et changer les lois de l’univers », affirme-t-il. Dieu a voulu le monde dans lequel nous vivons, mais il aurait pu en vouloir un autre.
Liberté, volonté et intelligence
Fidèle à la pensée scolastique et à l’école franciscaine, Jean Duns Scot accorde une absolue liberté à la volonté de Dieu et une grande place à la beauté. Il pense que l’on peut chercher Dieu avec sa raison, et ce, malgré la révélation : croire et comprendre sont deux choses distinctes. On peut donc parler de science de Dieu. La connaissance que propose cette dernière s’acquiert sur plusieurs niveaux. D’abord, la connaissance nous est transmise par notre intelligence. Il la divise en deux : la théologie (appuyée sur la révélation) et la philosophie (qui se déploie en dehors de l’Église). Duns Scot distingue la théologie humaine de la théologie des anges et des bienheureux qui sont pour lui un don de Dieu. Enfin, au sommet, il situe la connaissance de Dieu dans son essence, qui ne se trouve qu’en Dieu lui-même. C’est la théologie parfaite. Les écrits de Scot sont donc séparés en deux : les œuvres philosophiques et les œuvres théologiques.
Cinq siècles avant la promulgation du dogme de l’Immaculée Conception (1854), Scot en aura déjà l’intuition. Sensible à la vie et à l’œuvre de l’écossais, Jean-Paul II le proclamera bienheureux en 1993. n
À l’écoute de Jean Duns Scot
Marie ne contracta pas le péché originel, à cause de l’excellence de son Fils, dans ce sens qu’Il est rédempteur, réconciliateur et médiateur. Je le montre de trois façons : en référence à Dieu avec qui le Rédempteur opère la réconciliation ; en relation au mal duquel il libère ; en relation à la dette qu’il était tenu d’acquitter. La manière la plus haute et la plus parfaite de réparer l’offense de quiconque n’est autre que de prévenir cette offense. Si la réparation se limite à apaiser l’offensé pour l’amener au pardon, la réparation n’est pas parfaite… Pour cette raison, le Christ n’aurait pas rendu de réparation parfaite à la Trinité s’il n’avait pas prévenu, au moins en quelqu’un, l’offense à la Trinité même […]. Il devait donc exister quelque descendant d’Adam exempté de la faute originelle.



