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Le 1 février 2026

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La Présentation au Temple (1641), Simon Vouet (1590-1649)

Donné en 1764 à l’Académie royale de peinture et de sculpture par l’un des plus grands collectionneurs du xviiie siècle, Jean de Julienne, La Présentation au Temple du peintre parisien Simon Vouet est un des chefs-d’œuvre de la peinture française du xviie siècle.

Une machine baroque pour une église parisienne

Ce grand format avait été commandé en 1641 pour l’église Saint-Louis, de la maison professe des Jésuites, au faubourg Saint-Antoine, aujourd’hui paroisse Saint-Paul-Saint-Louis. Il occupait la partie centrale d’un gigantesque retable digne des machines baroques qui firent la gloire de certaines églises de la Compagnie de Jésus, et dont subsiste un exemple éclatant à Rome dans l’église du Gesù. L’iconographie choisie rendait hommage au Christ, mais aussi à la monarchie française et à la congrégation des Jésuites. Au premier niveau, au-dessus de l’autel, s’élevait La Présentation au Temple, encadrée par des sculptures de saint  Louis et de saint Charlemagne, de saint Ignace et de saint François Xavier. Au second niveau, L’Apothéose de Saint Louis, également de Simon Vouet, était flanquée de statues de la Vierge et de saint Jean. Au troisième et dernier niveau, se dressait une gigantesque statue de Marie Madeleine, sommée d’une crucifixion. Déjà très ambitieux par ses trois niveaux et l’accord entre marbres blancs (pour les statues), marbres polychromes et bronze doré (pour le décor) et peintures, l’ensemble était aussi pourvu d’une machinerie qui permettait de modifier l’œuvre principale. Plusieurs tableaux pouvaient en effet être présentés alternativement, en fonction du temps liturgique, aux fidèles : La Présentation au Temple de Simon Vouet, mais aussi La Vierge implorant le Christ en faveur des âmes du Purgatoire de Philippe de Champaigne (1602-1674) et La Résurrection de Claude Vignon (1593-1670). Toutes furent vendues en 1763, lorsque la suppression de la Compagnie de Jésus en France entraîna la dispersion de l’essentiel du mobilier de l’église de leur maison professe. Elles passèrent alors à divers collectionneurs, dont Jean de Julienne et le Toulousain Lefranc de Pompignan, et intégrèrent peu à peu des collections publiques : le musée du Louvre pour La Présentation au Temple, le musée des beaux-arts de Rouen pour L’Apothéose de Saint Louis, le musée des Augustins de Toulouse pour La Vierge implorant le Christ en faveur des âmes du Purgatoire et pour La Résurrection (dépôt à l’église des Minimes).

Le peintre du roi au service de Dieu et du roi

La « scène puissamment rythmée par les masses architecturales et par là capable de lutter avec l’abondant décor de l’autel » (Jacques Thuillier) de La Présentation au Temple est l’un des plus beaux tableaux de ce peintre qui joua un rôle décisif dans l’histoire de la peinture française et qu’une récente publication a célébré (Dominique Jacquot, 2025). Installé à Rome en 1614, il subit tout d’abord l’influence du Caravage, mais est aussi marqué par le grand langage décoratif de Rubens. La notoriété qu’il acquiert lui vaut d’être rappelé par le roi en 1627. Sa manière évolue alors : il élabore un langage élégant, clair et lyrique, sorte de réponse parisienne au baroque italien. Dès 1629, il reçoit une première commande importante pour une église : le retable de Saint-Nicolas-des-Champs, seul retable parisien qui n’ait pas été modifié ou détruit par la Révolution. Sa structure à deux niveaux d’élévation, favorisant une composition sur deux registres, l’un terrestre et l’autre céleste, préfigure d’une certaine manière celui de Saint-Louis. Louis XIII et Anne d’Autriche sont particulièrement sensibles à l’œuvre de ce remarquable dessinateur et éminent coloriste. L’iconographie du retable de la maison professe des Jésuites justifiait à elle seule que l’Ordre le choisisse pour exécuter les deux peintures principales. La Présentation au Temple et L’Apothéose de Saint Louis rendaient en effet hommage au jeune Louis, né en 1638, soit trois ans avant que l’œuvre ne soit achevée : sa naissance, jugée miraculeuse, était ainsi célébrée, et le jeune prince était placé sous le patronage des plus éminents saints de la congrégation et de la monarchie : saint Ignace et saint François Xavier, saint Louis et saint Charlemagne.

Car mes yeux ont vu le salut (Lc 2, 30)

La Présentation au Temple inaugure une inflexion classique dans le style baroque de Vouet : la composition, rigoureuse, abandonne la courbe des premières années parisiennes au profit d’une diagonale ascendante, d’en bas à droite au haut à gauche, et d’un jeu de profondeur accentué par la présence de figures repoussoirs au premier plan. L’œuvre joue habilement d’un effet de mise en scène : le cadre architectural de l’arrière-plan, monumental, évoque le Temple de Jérusalem, mais aussi l’église elle-même, dont la construction, débutée en 1627, s’était achevée en 1641. C’est cependant surtout le vide central qui étonne : deux groupes de personnages, inégaux en nombre, sont disposés de manière pyramidale. À gauche, ceux qui se pressent à l’entrée du Temple et le vieillard Syméon, venu au Temple sous l’action de l’Esprit (Lc 2, 27). À droite, la Vierge, saint Joseph – qui tient un panier avec les colombes traditionnellement offertes lors de la présentation du nouveau-né – et la prophétesse Anne, fille de Phanuel, très avancée en âge (v. 36), qui a posé son bâton sur les marches. L’enfant que sa mère a abandonné dans les bras de Syméon est au centre de la composition, au-dessus d’un vide audacieux. Visuellement, le corps du nouveau-né, délicatement posé sur un linge blanc, créait un jeu de répons particulièrement fécond avec l’élévation eucharistique. C’est bien à une élévation que le fidèle est appelé. S’il veut, comme Syméon, reconnaître son sauveur, il doit gravir ces marches, représentées di sotto in sù, de bas en haut. Ceux qui ne le font pas, ceux qui ne voient pas, ce sont ces deux hommes, représentés à l’arrière-plan, aussi gris que les pierres. Ils n’ont pas reçu l’Esprit qui permet de reconnaître et d’accueillir le Christ, « lumière qui se révèle aux nations et donne gloire à ton peuple Israël » (v. 32). Puissions-nous le recevoir et nous préparer à voir le salut, face à face.

Sophie Mouquin

 

Présentation au Temple (1641), Simon Vouet (1590-1649), Paris, musée du Louvre. © GP-RMN / Franck Raux.

Bibliographie :

Jacques Thuillier (dir.), Vouet, cat. exp. (Paris, Galeries nationales du Grand-Palais, 1990-1991), Paris, RMN, 1990.

Frédéric Cousinié, Le Saint des Saints. Maîtres-autels et retables parisiens du xviie siècle, Aix-en-Provence, Publications de l’université de Provence, 2006.

Dominique Jacquot, Simon Vouet. De Rome à Paris, un peintre et ses mécènes, Paris, Cohen & Cohen, 2025.

 

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