Voici une charmante œuvre de Murillo (1617-1682), peu connue parce que conservée dans une collection privée. La Sainte Famille y est représentée dans une pièce qui tient à la fois de la salle de séjour et d’un atelier provisoire de charpentier. C’est que nous ne sommes pas à Nazareth, mais en Égypte où la Sainte Famille se réfugia pendant trois ou quatre ans. Logiquement, Murillo a pensé que, pendant ce temps, saint Joseph travailleur avait pourvu à la subsistance de sa famille en pratiquant son métier de charpentier.
Voici donc que nous sommes accueillis à l’entrée du tableau par un chat qui dort, mais dont le cœur veille. Sa présence confirme que nous sommes bien en Égypte où le chat était une figure sacrée, protectrice du foyer.
Comme toujours, l’œuvre de Murillo nous invite à entrer en contemplation comme on s’adonne à un exercice spirituel. Pas un exercice de combat à la saint Ignace, mais un exercice à la Thérèse d’Avila et plus encore (fi de l’anachronisme !) à la Thérèse de Lisieux : un exercice qui nous invite à contempler, à nous attendrir, à comprendre, pour finir par rendre grâce dans la prière ; un exercice pour rendre la communion dans l’amour visible, désirable, praticable.
Contempler
Le point focal de l’œuvre est, à son centre géométrique, la main ouverte de Marie. Qu’exprime-t-elle ? Comment le regard et toute l’attitude corporelle de la mère vers son fils et son Dieu s’inscrivent-ils dans la dynamique de ce geste de la main et lui donnent-ils une sublime éloquence artistique ? Que veut dire aussi sa main droite qui se repose sur un grand drap blanc qu’elle vient de broder, comme un linceul ? Et voici Joseph, un homme juste, jeune et bel époux, père attentif dont les yeux disent toute la tendresse mais, plus profondément la question mystique qui met son cœur en communion avec le Mystère des mystères : «?Mais qui est ce fils adorable, dont je suis le père ??»
Nous attendrir
Oui, qui est-il, ce charmant bambin blondinet qui tend ses petites mains vers sa maman ? Qu’expriment son délicieux sourire et son regard qui couvre sa maman d’une douce lumière faite d’amour et de joie ? Qui est-il, cet enfant désarmant, qui est l’innocence même, et derrière lequel a été préparé juste ce qu’il faut de madriers pour faire une croix ?
Comprendre
Comprendre que l’Incarnation ne fait pas que se pencher vers l’humanité : elle la transfigure en ce qu’elle est, elle la divinise pour ce qu’elle est. Être une femme, être un homme, être un enfant, la famille, la prose sanctifiante de la vie quotidienne, l’amour maternel, l’amour paternel, l’amour filial, l’éducation, le métier, la vocation, toute la vie humaine, et même la mort — tout cela peut devenir lieu d’expression d’une vie divine.
Murillo appelait la communion d’amour de Jésus-Marie-Joseph «?la trinité terrestre[1]?», trinité avec un «?t?» minuscule. Et il en diffusait les images, expressément, comme une œuvre d’évangélisation. Il pensait en effet qu’il n’est pas de meilleure bonne nouvelle à afficher partout que celle-ci : depuis que Jésus vrai Dieu et vrai homme est retourné au sein du Père et nous a envoyé l’Esprit Saint, toute communion d’amour humain — à l’image et à la ressemblance de celle de la Sainte Famille — est communion à Dieu-Amour.
Pierre-Marie Varennes
La Sainte Famille dans l’atelier de Joseph, Bartolomé Esteban Murillo (1617-1682), collection particulière. © Bridgeman
[1]. Rendez-vous sur www.magnificat.fr/couverture pour contempler le tableau de Murillo intitulé Les deux trinités, qui se trouve à la National Gallery, à Londres. Cette œuvre exprime admirablement la mystique trinitaire de Murillo.
La trinité terrestre
La trinité terrestre
Le 1 mai 2026
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Voici une charmante œuvre de Murillo (1617-1682), peu connue parce que conservée dans une collection privée. La Sainte Famille y est représentée dans une pièce qui tient à la fois de la salle de séjour et d’un atelier provisoire de charpentier. C’est que nous ne sommes pas à Nazareth, mais en Égypte où la Sainte Famille se réfugia pendant trois ou quatre ans. Logiquement, Murillo a pensé que, pendant ce temps, saint Joseph travailleur avait pourvu à la subsistance de sa famille en pratiquant son métier de charpentier.
Voici donc que nous sommes accueillis à l’entrée du tableau par un chat qui dort, mais dont le cœur veille. Sa présence confirme que nous sommes bien en Égypte où le chat était une figure sacrée, protectrice du foyer.
Comme toujours, l’œuvre de Murillo nous invite à entrer en contemplation comme on s’adonne à un exercice spirituel. Pas un exercice de combat à la saint Ignace, mais un exercice à la Thérèse d’Avila et plus encore (fi de l’anachronisme !) à la Thérèse de Lisieux : un exercice qui nous invite à contempler, à nous attendrir, à comprendre, pour finir par rendre grâce dans la prière ; un exercice pour rendre la communion dans l’amour visible, désirable, praticable.
Contempler
Le point focal de l’œuvre est, à son centre géométrique, la main ouverte de Marie. Qu’exprime-t-elle ? Comment le regard et toute l’attitude corporelle de la mère vers son fils et son Dieu s’inscrivent-ils dans la dynamique de ce geste de la main et lui donnent-ils une sublime éloquence artistique ? Que veut dire aussi sa main droite qui se repose sur un grand drap blanc qu’elle vient de broder, comme un linceul ? Et voici Joseph, un homme juste, jeune et bel époux, père attentif dont les yeux disent toute la tendresse mais, plus profondément la question mystique qui met son cœur en communion avec le Mystère des mystères : «?Mais qui est ce fils adorable, dont je suis le père ??»
Nous attendrir
Oui, qui est-il, ce charmant bambin blondinet qui tend ses petites mains vers sa maman ? Qu’expriment son délicieux sourire et son regard qui couvre sa maman d’une douce lumière faite d’amour et de joie ? Qui est-il, cet enfant désarmant, qui est l’innocence même, et derrière lequel a été préparé juste ce qu’il faut de madriers pour faire une croix ?
Comprendre
Comprendre que l’Incarnation ne fait pas que se pencher vers l’humanité : elle la transfigure en ce qu’elle est, elle la divinise pour ce qu’elle est. Être une femme, être un homme, être un enfant, la famille, la prose sanctifiante de la vie quotidienne, l’amour maternel, l’amour paternel, l’amour filial, l’éducation, le métier, la vocation, toute la vie humaine, et même la mort — tout cela peut devenir lieu d’expression d’une vie divine.
Murillo appelait la communion d’amour de Jésus-Marie-Joseph «?la trinité terrestre[1]?», trinité avec un «?t?» minuscule. Et il en diffusait les images, expressément, comme une œuvre d’évangélisation. Il pensait en effet qu’il n’est pas de meilleure bonne nouvelle à afficher partout que celle-ci : depuis que Jésus vrai Dieu et vrai homme est retourné au sein du Père et nous a envoyé l’Esprit Saint, toute communion d’amour humain — à l’image et à la ressemblance de celle de la Sainte Famille — est communion à Dieu-Amour.
Pierre-Marie Varennes
La Sainte Famille dans l’atelier de Joseph, Bartolomé Esteban Murillo (1617-1682), collection particulière. © Bridgeman
[1]. Rendez-vous sur www.magnificat.fr/couverture pour contempler le tableau de Murillo intitulé Les deux trinités, qui se trouve à la National Gallery, à Londres. Cette œuvre exprime admirablement la mystique trinitaire de Murillo.
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