dimanche 1er février
4e dimanche du temps ordinaire

Le Sermon sur la montagne, gravure.
Parlons bonheur
Père Guillaume de Menthière
De nos jours, les fidèles assis écoutent docilement l’homélie que le prêtre prononce debout. Il n’en fut pas toujours ainsi. Dans l’Église antique, les évêques prêchaient assis et les fidèles restaient debout. J’ai souvent rêvé – sans avoir jamais osé le faire – m’asseoir sur les marches de l’autel pour dire à mes paroissiens : Chers frères et sœurs, assoyons-nous un instant, j’ai quelque chose d’important à vous dire. Ne sentiraient-ils pas bien mieux, alors, qu’un message décisif va leur être adressé, de l’ordre de la confidence et du bonheur intime ? Car, voyez-vous, l’Évangile n’est pas de ces choses anodines qu’on peut dire debout entre deux portes… Jésus aujourd’hui veut nous parler intimement. Il ne proclame pas les Béatitudes à la cantonade comme un tribun son programme électoral. Il s’assoit, comme on le fait pour dire des choses essentielles : Viens, assoyons-nous, il faut qu’on parle…
Le peuple des Béatitudes
Matthieu nous le précise, c’est au cercle restreint de ses disciples que Jésus s’adresse et non pas à la foule. C’est à l’Église rassemblée autour de lui que Jésus livre le secret de son bonheur. Qu’elle est heureuse, cette petite Église d’entrer ainsi dans la confidence ! Elle n’est pas le peuple de la Loi, elle est le peuple des Béatitudes ! Pas un peuple résigné sous le joug mais un peuple désigné pour le bonheur ! On a souvent reproché aux Béatitudes d’être le chant de la résignation… les vapeurs de l’opium du peuple… de belles promesses pour faire attendre sagement la récompense. Mais la résignation n’est-elle pas bien plutôt celle des chrétiens qui ont pris leur parti de ne pas vivre les Béatitudes ? D’habiter sans sourciller la société des contre-béatitudes ? Les Béatitudes ne sont-elles pas la subversion des valeurs, dernier rempart contre la perversion des valeurs ?
Le petit reste des humbles
Les huit paroles de bonheur sont comme factorisées à tout le Sermon sur la montagne, charte de la morale chrétienne. Saint Thomas d’Aquin, que nous fêtions cette semaine, a écrit de grosses Sommes théologiques. Lorsqu’il aborde la partie morale, par quoi croyez-vous qu’il commence ? Par les vertus ? Par les péchés ? Par les commandements ? Non ! Sa morale commence par ce porche grandiose : le traité du bonheur. « Nul n’est heureux comme un vrai chrétien », disait Pascal. Le petit reste des humbles n’est pas celui qui s’apitoie sur son sort, qui se lamente de sa médiocrité, qui se considère comme moins que rien. Il n’a pas cette spiritualité misérabiliste de ver de terre. Il a la vraie humilité qui consiste à mettre son orgueil dans la croix du Seigneur et à dire avec la Vierge Marie : « Le Seigneur fit pour moi des merveilles, Saint est son nom ! » n
Découvrez après les lectures de la messe notre suggestion de prière universelle. Ces intentions sont à adapter en fonction de l’actualité et de l’assemblée qui célèbre.

Bonne fête ! Brigitte (de Kildare), Véridiane



