dimanche 8 février
5e dimanche du temps ordinaire – Dimanche de la santé

La Sainte Église, 1880, gravure.
Un petit truc en plus
Père Guillaume de Menthière
« Vous êtes la lumière du monde », dit Jésus à ses disciples. Et le monde dit : « Ils sont illuminés… » « Vous êtes le sel de la terre », ajoute le Seigneur. Et le monde dit : « Ils ont un grain… » Illumination, photismos en grec, c’était comme cela qu’on désignait le baptême autrefois et, il n’y a pas si longtemps, le sel faisait partie de la liturgie baptismale. Oui, les baptisés sont des illuminés, jusqu’au sens de légère démence que ce mot a pris de nos jours en français. Et si ce mois de février était précisément le temps de la douce folie de croire et d’espérer ? Ce qu’il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi, pour couvrir de confusion les sages (1 Co 1, 27). On n’empêchera pas les chrétiens d’avoir ce petit grain, « ce petit truc en plus », qui fait dérailler les évidences mornes et déjoue toutes nos blasées monotonies.
Cuisine et métaphysique
C’est le sens du sel de la terre. Pour faire son effet, pour remplir son office, le sel doit disparaître. Il est en très petite quantité et on ne doit pas se lamenter que toute la soupe ne soit pas du sel. On ne doit se lamenter que si le sel vient à s’affadir, à devenir « insensé », dit le texte grec de l’Évangile, c’est-à-dire à perdre son sens et sa finalité. Voici des questions métaphysiques : une lumière qui n’éclaire pas est-elle encore une lumière ? Du sel qui ne sale pas est-il encore du sel ? Un chrétien qui n’évangélise pas est-il encore un chrétien ? Claudel reprochait aux chrétiens de mettre le soleil dans leur poche. Ne sommes-nous pas un peu pusillanimes dans l’annonce explicite de l’Évangile ?
Si la métaphysique vous échappe, considérez la cuisine. Dans un plat cuisiné, il y a bien de la différence entre l’action du sel et celle du piment. Le piment ajoute sa forte saveur particulière au met auquel on l’incorpore. Mais le sel, lui, disparaît, il se fond dans la soupe, il se met au service d’un goût qui n’est pas le sien. Mettre du piment dans sa vie, c’est chercher des distractions, c’est fuir le réel en cherchant l’exotisme ; mettre du sel, au contraire, c’est trouver sa joie dans son quotidien, redécouvrir la beauté de l’ordinaire. Le sel, dit-on, « relève » le plat. Oh, la belle expression française ! Du français de cuisine ! « Relever », c’est le mot de la résurrection ! Un chrétien qui vit sa foi, relève le monde, le remet debout et le porte vers le ciel.
Un enfant définissait étrangement le sel par ces mots : Le sel est ce qui rend la soupe fade quand on n’en met pas… La définition s’applique excellemment à la prière et à la foi. La foi, c’est ce qui rend l’existence inutile, insensée, dérisoire quand on n’en met pas. La prière, c’est ce qui rend la vie terne, triste, sombre, absurde, cauchemardesque quand on n’en met pas. n
Découvrez après les prières de la messe notre suggestion de prière universelle. Ces intentions sont à adapter en fonction de l’actualité et de l’assemblée qui célèbre.

Bonne fête ! Joséphine, Jérôme-Émilien, Jacqueline, Jacquotte



