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Rosalie Rendu (1786-1856)

Par Aude Bracq

Par Aude Bracq

Le 1 février 2026

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Alban de Châteauvieux

Fêtée le 7 février

Nous sommes en 1848. L’insurrection soulève Paris. Dans le quartier Mouffetard, des religieuses résistent. Le général Eugène Cavaignac les somme de partir, mais les filles de la Charité refusent. Mieux vaut mourir avec les pauvres, leurs amis. Plutôt que de se barricader, elles ouvrent leur maison aux blessés, émeutiers ou soldats. Leur supérieure, sœur Rosalie, sauve même un officier de la garde mobile.

Rosalie Rendu a déjà vécu deux révolutions. Elle n’a que trois ans en 1789 et sa mère, déjà veuve, cache l’évêque d’Annecy, déguisé en domestique ! Quarante ans plus tard, lors de la révolution de 1830, sa communauté sert de refuge à l’archevêque de Paris et à des membres du clergé. Pourquoi ? La supérieure répond : « Je suis fille de la Charité, je n’ai pas de drapeau, je viens en aide aux malheureux partout où je les rencontre. » Rosalie ne choisit pas son camp. Car, expliquera Jean-Paul II lors de la béatification, « comme une autre religieuse de son temps, sainte Catherine Labouré, elle voit en tout homme le visage du Christ ». Ce Christ qu’elle prie tout en arpentant les ruelles de la montagne Sainte-Geneviève, son chapelet à la main, à qui elle confie telle famille en détresse, tel vieillard qui va peut-être mourir seul…

L’âme du faubourg

Jeanne-Marie Rendu est née le 9 septembre 1786 à Confort (Ain). Elle découvre la capitale en entrant, à 16 ans, au noviciat des Filles de la Charité. Au bout d’un an, la voilà sœur Rosalie, impatiente de s’occuper des malades et des pauvres. Elle est vite envoyée au faubourg Saint-Marceau, le quartier le plus miséreux de la ville où toutes les générations se massent dans des taudis, où les maladies font des ravages, où la misère psychologique et spirituelle accable la classe ouvrière d’une capitale en pleine expansion. Vivant au plus proche des gens, courant d’un foyer à l’autre pour porter vivres et médicaments, catéchisant les adultes, elle constate les besoins urgents du quartier. Dans une vieille bâtisse de la rue de l’Épée-de-Bois, elle fonde une « maison de secours », avec une école gratuite pour les enfants pauvres, une pharmacie, une distribution de pain, un vestiaire, un orphelinat et même une crèche. Car « pourquoi interdire aux femmes pauvres – comme si c’était une faute – ce que font les femmes de milieux aisés qui confient leurs enfants à des nourrices parfois éloignées pour avoir plus de liberté ? »

En parallèle, elle reçoit des personnes de tous horizons. Des pauvres, bien sûr, mais aussi des ecclésiastiques, des diplomates, des écrivains et même des étudiants, comme Frédéric Ozanam à qui elle conseillera de fonder la première Conférence de charité. Grâce à ses relations dans les milieux aisés parisiens, elle constitue autour d’elle un vaste « réseau de charité », propice à lui apporter les fonds dont elle a besoin. Aux plus riches, elle montre la complexité des problèmes sociaux et explique le devoir de l’aumône.

Quand elle meurt le 7 février 1856, à Paris, cinquante mille personnes assistent à ses funérailles, témoignant de la grande estime qu’elle suscitait. Elle sera déclarée bienheureuse par
Jean-Paul II le 9 novembre 2003. n

À l’écoute de Rosalie Rendu

« Les maux dont est affligée la France sont grands, nous avons des motifs de réclamer la miséricorde de Dieu, nous en avons grand besoin. Les journaux sont inexacts sur les comptes rendus qu’ils font sur ce qui se passe, je me borne à vous dire que nous sommes sur le point de nous rendre dans nos familles, si nos Supérieures nous en donnent avis ; et il est probable qu’elles y seront forcées par les circonstances. […] Qui sait si cela n’aura pas lieu au moment que nous nous y attendons le moins ; je suis d’avis de prendre des précautions, et si Dieu nous fait la grâce de ne pas en user, nous en serons pour l’agréable surprise. […] Le Bon Dieu me rend des forces desquelles il faut que je fasse bon usage, les chagrins, les surcroîts de fatigues ne me font rien auprès du temps passé. »

Lettre datée du 8 septembre 1830, envoyée à une amie.

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Aude Bracq

(Journaliste, Aude Bracq est également biographe, en particulier pour les personnes gravement malades avec l’association Passeur de mots, passeur d’histoires.

Le Christ à la mer de Galilée, Circle of Jacopo Tintoretto (Probably Lambert Sustris), Anonymous Artist - Venetian, 1518 or 1519 - 1594. © National Gallery of Art, New-York