Alban de Chateauvieux
Fêté le 1er août

Rien de tel que le spectacle d’une nature souriante, pour l’esprit fatigué et le corps affaibli, songe peut-être le père Alphonse en atteignant le petit village de Scala, perché sur les hauteurs de la côte amalfitaine. La décision de quitter Naples, sa ville natale où il a d’abord brillé en tant qu’avocat avant d’éclairer en tant que prêtre, n’est pas de son fait ; si cela n’avait tenu qu’à lui, il aurait poursuivi sa course apostolique aux côtés des lazzaroni, ces rejetés des bas-fonds de la cité napolitaine. Mais voilà, pour en sauver à tout prix quelques-uns (1 Co 9, 22), il s’est tué à la mission, jusqu’à l’épuisement. En cette année 1730, quatre ans seulement après son ordination, on l’a donc sommé d’aller respirer l’air sain de la campagne. Le convalescent refuse toutefois de rester les bras croisés, pas même en croix devant le Saint-Sacrement exposé dans son ermitage.
La grande affaire du salut
Tandis qu’il sillonne les chemins de terre à la rencontre des paysans et des pasteurs de la région, Alphonse est frappé par leur pauvreté matérielle et spirituelle, par leur ignorance religieuse. Hanté par la pensée douloureuse que tant de personnes se perdent dans le désert de ceux qui ne connaissent pas Dieu, il ne peut passer outre ni son chemin. Non, il ne reviendra pas à Naples une fois sa santé recouvrée. Il restera ici, auprès de ce petit peuple livré à lui-même, pour lui annoncer la bonne nouvelle de la rédemption acquise une fois pour toutes par le Christ sur la croix. Il y va du salut de leur âme, de leur bonheur éternel. « Chose étonnante ! Il n’y a personne qui ne rougisse d’être taxé de négligence dans les affaires du monde ; et il y en a tant qui ne rougissent pas de négliger la plus importante de toutes : celle de l’éternité ! Affaire importante, affaire unique, affaire irréparable », s’enflammera le futur docteur de l’Église dans Préparation à la mort, l’un de ses nombreux ouvrages de théologie.
Miséricorde et justice
En vue d’éclairer les gens des campagnes sur cette grande affaire, la seule qui vaille au fond, le missionnaire fonde, en 1732, la congrégation du Très-Saint-Rédempteur qu’il place sous le patronage de saint François de Sales. « Rien par force, tout par amour », prêchait l’évêque savoyard. Saisi lui aussi par le Dieu de bonté qui appelle chacun de ses enfants à la sainteté, Alphonse en est, lui aussi, convaincu : « Ce que ne fait pas l’amour, la peur ne le fera pas. » À rebours du rigorisme ambiant teinté de jansénisme, il va donc mettre en œuvre une pastorale fondée sur la miséricorde divine et la liberté intérieure, alliant avec un équilibre rare les exigences de la loi de Dieu à la compassion. Car si le Seigneur est infiniment miséricordieux, il est aussi infiniment juste. Aussi, la confiance en sa miséricorde ne saurait dispenser quiconque de se convertir et de changer de vie.
Le moyen le plus sûr d’avancer sur ce chemin où l’amour et la vérité se rencontrent ? « Je dis, je le répète et je le répéterai tant que je vivrai, répond Alphonse, tout notre salut consiste en une seule chose : la prière. » n
À l’écoute d’Alphonse de Liguori
Dieu ne saurait dédaigner celui qui vient se jeter à ses pieds. Que dis-je ? Lui-même invite le pécheur et il s’engage à l’accueillir tout aussitôt. […]. Oh ! avec quel amour, avec quelle tendresse Dieu presse contre son cœur le pécheur qui revient à Lui ! Il met sa gloire à user de miséricorde envers les pécheurs et à leur pardonner […]. Sans doute, la miséricorde de Dieu est infinie. Mais les actes de cette miséricorde, et, par conséquent, les grâces de pardon, ont leurs limites. Dieu est miséricordieux, mais il est juste aussi. La miséricorde est promise à celui qui craint Dieu et non pas à celui qui abuse de la miséricorde. Sa miséricorde, s’écrie la divine Mère dans son sublime cantique, se répand sur ceux qui le craignent.
Préparation à la mort, Alphonse-Marie de Liguori



