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Saint Éphrem le Syrien (306-373)

Par Aude Bracq

Par Aude Bracq

Le 1 juin 2026

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Alban de Châteauvieux

Fêté le 9 juin

On le surnomme « la harpe du Saint-Esprit » car il a composé des hymnes d’une grande richesse, la plus célèbre étant celle sur la nativité du Christ. Elle commence ainsi : « Le Seigneur vint en Elle [Marie] pour se faire serviteur. »

Servir ses frères…

Saint Éphrem est un diacre syrien, donc de langue syriaque, né en 306 à Nisibe (au sud-est de l’actuelle Turquie), à la frontière des Empires romain et perse. Sa ville est assiégée plusieurs fois par les Sassanides (dynastie perse) si bien qu’il doit fuir, à 56 ans, comme beaucoup de chrétiens. Il s’établit à Édesse (aujourd’hui Urfa, en Turquie), ville appartenant à la chrétienté, où il mourra en 373 au service des malades de la peste. Éphrem déploie sa mission de diacre en s’occupant des malades et des étrangers et en collectant des offrandes dans ce but. C’est un homme qui vit dans l’abstinence, et en communauté, tout en restant proche des gens. Il évolue dans le contexte du concile de Nicée et de l’excommunication d’Arius qui considérait que le Christ était d’une nature inférieure à celle, divine, du Père. Éphrem pense que les hommes ont besoin d’être enseignés pour être vraiment libres de penser. C’est pourquoi il commente et enseigne la Bible, anime la liturgie, en particulier avec des hymnes qu’il compose et fait chanter par des chœurs de femmes. Le chant est pour lui un moyen d’entrer dans les mystères de la foi, comme un chemin des sens et de la connaissance pour aller vers Dieu.

Et la liturgie

D’un caractère doux, bon et patient, Éphrem compose quatre cent cinquante très belles hymnes qui auront une grande influence en Orient et en Occident. Ses hymnes sur le Paradis en appellent aux cinq sens afin de mieux comprendre l’invisible par une présence objective, une valeur émotionnelle. En effet, l’ouïe, la voix et la vue sont entraînées dans le chant, qui procure du bien-être à ceux qui chantent et écoutent, comme à ceux qui souffrent. Si la voix du récit biblique fait traverser le temps, l’écoute du chant nous fait voyager du paradis terrestre au paradis final, en passant par l’Église qui chante. Selon lui, la prière a besoin du corps : « À toi, Seigneur, j’offre ma foi avec ma voix. » L’âme elle-même a besoin du corps, sans qui « lui manquent […] en toutes choses sens et connaissances nouvelles ». Par le chant, la vue et l’ouïe nous font entrer dans le mystère divin, celui de l’Incarnation en particulier. Puis nous mènent aux autres sens : l’odorat, le goût et le toucher. « Dans ces rayons de gloire, le Paradis est resplendissant, suave en ses parfums », écrit Éphrem. Ainsi, par le chant, tous les sens conduisent à l’amour – âme et corps, qui se réuniront pleinement à la Résurrection. Benoît XV déclarera Éphrem docteur de l’Église, en 1920. Commentant l’hymne sur la Nativité, Benoît XVI dira de lui qu’il « chanta [l’amour pour le Christ] de manière inégalable […] dans la charité envers ses frères, qu’il introduisit avec une rare habileté dans la connaissance de la Révélation divine » (audience générale, 28 novembre 2007). n

À l’écoute d’Éphrem le Syrien

« Nous T’adorons, Toi qui nous as mis dans le monde et qui nous donnes de dominer sur tout ce qui s’y trouve. Les vents Te louent, lorsqu’ils lancent les eaux à l’assaut. La terre Te loue, elle qui ouvre son sein et donne ses fruits en leur saison. Les mers Te louent, par la bouche de leurs flots, lorsque leur voix proclame que Tu les domines. Les arbres Te louent, lorsqu’ils sont contraints par le souffle du vent à fleurir et à donner des fruits. Elles Te bénissent aussi, les plantes si variées et les fleurs colorées, suçant la pluie qui les inonde et les vapeurs de la rosée. Elles se rassemblent et unissent leurs voix pour Ta louange, gratifiées de toutes Tes bontés et unies dans la paix pour Te bénir. Amen. »

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Aude Bracq

(Journaliste, Aude Bracq est également biographe, en particulier pour les personnes gravement malades avec l’association Passeur de mots, passeur d’histoires.

Le Christ à la mer de Galilée, Circle of Jacopo Tintoretto (Probably Lambert Sustris), Anonymous Artist - Venetian, 1518 or 1519 - 1594. © National Gallery of Art, New-York