Alban de Chateauvieux
Fêtée le 5 septembre

« Ma fille, n’accepte jamais une seule bouchée sans la partager avec les autres. » Voilà ce qu’Anjezë Gonxhe Bojaxhiu, la future Mère Teresa, née à Skopje, en Macédoine, le 26 août 1910, de parents albanais, rapporte de son père, entrepreneur, qu’elle perd alors qu’elle n’a que 9 ans. Et quand sa mère va visiter les pauvres, Anjezë, cadette de trois enfants, l’accompagne toujours. Élevée au sein d’une famille où l’on s’aime profondément, sa vocation se manifeste à l’âge de 18 ans, lorsqu’elle choisit d’entrer chez les sœurs de Lorette, bien connues pour leur travail de missionnaires, en particulier en Inde. Le jour de ses vœux, le 25 mai 1931, et à partir de ce moment-là, elle fut appelée Mère Teresa. Épuisée par la tuberculose, elle part à Darjeeling pour une retraite, sur les contreforts de l’Himalaya.
L’amour fou des pauvres
Et c’est là qu’elle vit « l’appel dans l’appel », le 10 septembre 1946, alors qu’elle est dans le train. « Le message est clair, dira-t-elle. Je dois tout abandonner et suivre Jésus dans les bidonvilles, et le servir chez les plus pauvres. » Deux ans seront nécessaires pour obtenir l’autorisation de quitter sa communauté et de s’installer au milieu des pauvres de Calcutta, dans un dénuement absolu. Avec sa santé fragile, sa personnalité retenue comme « ordinaire » par ceux qui l’entourent, Mère Teresa va se dévoiler à la face du monde comme une bâtisseuse infatigable pour répondre à ce besoin qu’elle a perçu en écoutant la voix de Dieu au plus profond de son âme lui crier : « J’ai soif. » La sainte fondatrice des Missionnaires de la charité crée une nouvelle communauté avec la bénédiction du Vatican en 1950, avec des sœurs et des frères qui choisissent une vie de pauvreté au service des autres. « Servir Jésus dans les pauvres n’est pas d’abord une aide matérielle, mais une présence au cœur de leur souffrance », dira celle qui débute son œuvre immense en se penchant sur un mourant qu’elle trouve dans une rue de Calcutta et à qui elle rend sa dignité par le regard qu’elle lui offre.
Soigner les malades, enseigner les enfants dans les bidonvilles, visiter les pauvres chez eux, accompagner les mourants, tout est occasion de servir le Christ « déguisé en pauvre ». Mère Teresa ouvre ses premières maisons en Inde, puis l’Europe, l’Afrique, l’Océanie et le Proche-Orient deviennent des terres de mission. En 1979, on compte déjà cent cinquante-huit maisons. Cette année-là, elle reçoit le prix Nobel de la paix, l’occasion de dénoncer « la pauvreté spirituelle de l’Occident, très difficile à combattre ». Dans le silence, elle vit une nuit de la foi pendant de nombreuses années qui, loin de l’anéantir, l’aide à rejoindre les pauvres qu’elle sert de plus près. En dépit également de plusieurs maladies physiques graves, elle voyage, prie, travaille et répand l’amour de Dieu jusqu’à sa mort.
Le 5 septembre 1997, elle s’écroule d’épuisement. Les sœurs missionnaires sont à son chevet, attentives au dernier souffle de leur mère qui murmure : « Jésus, je t’aime, Jésus, j’ai confiance en toi », avant de rendre son âme à Dieu. Ce jour-là, le monde entier pleure son départ en même temps qu’il loue le ciel pour une telle vie donnée, dont les fruits ne cessent de se répandre encore aujourd’hui. L’Église la déclare sainte en 2016. n
À l’écoute de Mère Teresa
Nos pauvres gens, nos splendides gens n’ont pas besoin de notre pitié ni de notre sympathie. Ils ont besoin de notre amour et de notre respect, ils ont besoin que nous les traitions avec dignité. Je n’oublierai jamais l’homme que j’ai ramassé un jour dans la rue. Il était couvert de vermine, son visage était la seule chose propre. Lorsque nous l’avons amené à notre mouroir, il a dit cette phrase : « J’ai vécu comme une bête mais je vais mourir comme un ange, aimé et soigné. » […] Il s’en alla dans sa maison, chez Dieu, car la mort n’est pas autre chose que de rentrer chez soi, dans la maison de Dieu. C’est parce qu’il avait éprouvé cet amour, que dans ses derniers instants, il a ressenti cette joie.



